Les oméga 3, essentiel au développement de l'enfant
Chez les enfants, l’apport en oméga-3 est important autant avant qu’après la naissance. Les femmes enceintes qui n’ont pas suffisamment d’oméga-3 dans leur alimentation, pendant les trois derniers mois de la grossesse, ont plus d’enfants ayant des problèmes de comportements sociaux. Ils ont aussi un quotient intellectuel moins élevé que ceux qui ont bénéficié d’un apport suffisant.
L’importance des oméga-3 pendant ces trois derniers mois de grossesse est capitale : c’est pendant cette période que le cerveau du foetus emmagasine le plus d’ADH, l’un des deux acides gras essentiels – avec l’AEP – présents dans les poissons gras.
Et c’est l’ADH qui permet d’optimiser les fonctions cognitives du cerveau, que ce soit sur le plan de l’apprentissage, de la mémoire, et même de l’acuité visuelle.
Les acides gras essentiels Oméga 3
Les acides gras polyinsaturés Oméga 3 sont les constituants principaux des phospholipides cérébraux et contribuent à l’équilibre nerveux.
Enfin de grossesse, le foetus nécessite environ 30 grammes d’Oméga 3 par jour pour un développement cérébral harmonieux.
Pour un apport satisfaisant d’acides gras Oméga 3, nous devrions consommer du poisson gras sauvage, comme saumon, maquereau, sardine, anchois, hareng, 2 à 3 fois par semaine.
La préparation idéale est la marinade qui permet de conserver les acides gras sous forme active et évite de les dénaturer. Les huiles vierges de colza, soja, germe de blé, noix, les graines de lin, les plantes vertes (dont le pourpier consommé traditionnellement dans le régime crétois) apportent des Oméga 3 qui sont ensuite transformés et utilisés par notre corps. Toutefois notre mode de vie actuel favorise les carences en ces précieux acides gras Oméga 3 à l’origine de l’apparition de divers troubles.
Entretient entre Martin Lasalle (Passeport santé.net) et M Bruce Holud, professeur au Department of Human Health & Nutritional Sciences de l'Université de Guelph
Bruce Holub - Il y a une fausse croyance, attribuable à l’actualité souvent alarmiste, selon laquelle le poisson contient des contaminants et que sa consommation, pendant la grossesse, peut altérer le développement du cerveau de l’enfant à naître. C’est vrai pour les gros poissons, comme l’espadon, le requin et certains thons, mais ce n’est pas le cas pour bien d’autres poissons. Par exemple, la truite arc-en-ciel du Québec de même que le saumon sont des sources formidables d’oméga-3 sans danger pour le foetus.
Et qu’ils soient sauvages ou issus de l’élevage importe peu. Une étude québécoise a même révélé que le saumon et la truite arc-en-ciel d’élevage, vendus dans les épiceries québécoises, contiennent moins de contaminants – BPC ou métaux lourds comme le mercure – que ceux issus de la pêche commerciale. L’étude indiquait aussi que ces poissons d’élevage contiennent plus d’oméga-3 que ceux d’origine sauvage.
Comment les oméga-3 peuvent-ils aider les enfants qui ont des problèmes spécifiques?
Bruce Holub - Récemment, deux études ont fait état de résultats très intéressants. Dans la première, on a administré quotidiennement un supplément de 700 mg d’oméga-3 d’origine marine à des enfants de 8 ans à 11 ans. Ils éprouvaient des problèmes de coordination, des troubles d’épellation et de lecture et des problèmes de comportement. En seulement trois mois d’intervention, on a réduit leur retard de neuf à trois mois, contre 12 mois pour ceux du groupe contrôle.
La deuxième étude portait sur des enfants de 10 ans atteints de dépression. Suivis par un psychiatre, mais ne prenant aucun médicament, ils ont été séparés en deux groupes : la moitié d’entre eux prenaient un supplément de 700 mg à 800 mg par jour, l’autre un placebo. Après huit semaines, ceux du premier groupe ont connu une réduction importante de leurs symptômes au test de dépression administré par les psychiatres, ce qui ne fut pas le cas pour les autres.
Mais l’action des oméga-3 ne touche pas seulement les enfants souffrant d’un problème cognitif : ils sont essentiels au développement et à la protection du cerveau chez les enfants en général.
La consommation d’oméga-3 pendant l’enfance procure-t-elle des bienfaits à long terme?
Bruce Holub - Absolument! Sur le plan de la santé cardiovasculaire, les preuves sont là et personne ne les met en doute.
Concernant la maladie d’Alzheimer, on sait qu’une consommation régulière de poisson, tôt dans la vie, retardera probablement l’apparition de la maladie et ralentira sa progression.
Par ailleurs, on attend beaucoup des nombreuses recherches menées actuellement et qui détermineront dans quelle mesure les oméga-3 peuvent agir sur le cancer et l’inflammation chronique, dont les allergies et l’asthme.
Êtes-vous satisfait de l’introduction des oméga-3 dans les recommandations du Guide alimentaire canadien?
Bruce Holub - Le guide dit maintenant qu’il faut deux portions de poisson par semaine et c’est mieux que l’unique portion que recommandait la dernière version. Mais les preuves scientifiques démontrent qu’on obtient des bienfaits encore plus probants avec cinq portions par semaine, et ce, tant pour prévenir les maladies cardiovasculaires que pour améliorer l’état de santé en général.
Notre pays a un urgent besoin d’établir de nouvelles recommandations officielles quant à l’apport requis en ADH et AEP, c’est-à-dire les acides gras contenus dans les oméga-3 d’origine marine. Les Australiens l’ont fait il y a quelques mois. Pourquoi pas le Canada?
Plus largement, je crois que le temps est venu d’intégrer les oméga-3 aux soins de santé.
Par exemple, on a déjà démontré que chez les personnes ayant un taux de triglycérides sanguin élevé, une supplémentation de 3 g par jour d’oméga-3 diminue de 25 % à 30 % ce taux... à l’intérieur de trois ou quatre semaines! Il faut sérieusement considérer la possibilité d’intégrer les oméga-3 aux soins en matière de santé cardiovasculaire.
Même chose pour la maladie d’Alzheimer : chez les personnes qui en sont atteintes au stade précoce, un supplément pendant un an stoppe la maladie.
Ce dont il est ici question, c’est de la gestion de risque : veut-on prévenir ou guérir?
M. Bruce Holub est professeur émérite au Department of Human Health & Nutritional Sciences de l'Université de Guelph.Bruce Holub a été président de la Société canadienne de nutrition et du Groupe de travail sur la nutrition de la Fondation des maladies du coeur de l'Ontario. Il a publié plus de 200 articles dans des journaux scientifiques (médical, nutrition et autres) en plus de signer plusieurs chapitres d'ouvrages scientifiques et d'avoir prononcé de nombreuses conférences.
Son programme de recherche se concentre plus particulièrement sur les effets des acides gras de type oméga-3 (ADH et AEP) issus des poissons ou de l'huile de poisson, de l'huile végétale ainsi que des aliments fonctionnels et nutraceutiques sur la santé, tout au long du cycle vital de l'espèce humaine, ainsi que sur leur importance en matière de prévention et de gestion des maladies cardiovasculaires et autres troubles chroniques.
ref article: Passeport santé. net
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